![]() Révision : Avril 2004 |
Organisation de la classe en pédagogie de maîtrise |
L'école
de la République est rugueuse. |
C'est une organisation qui peut rappeler la pédagogie Freinet mais ne saurait s'y réduire, d'autant qu'on lui reproche d'être "modélisée" et d'avoir un "mode d'emploi", d'être en cela "peu différente de la pédagogie traditionnelle", "subordonnée à l'énergie dépensée par l'enseignant et à son autorité, qu'elle soit coercitive ou charismatique". (B. Collot - Une école de troisième type L'Harmattan)
Ce dernier grief mériterait examen. Si l'autorité de l'enseignant tend à devenir, avec la PMEV, plus charismatique que coercitive, c'est qu'elle s'attache à développer l'énergie de l'élève pour se mettre elle même en retrait. Nous n'avons pas cherché la différence pour la différence, mais seulement voulu répondre aux exigences du temps : satisfaire aux ambitions de la Loi de 89 et aux contraintes nées du prolongement de la scolarité obligatoire. A ces fins, nous avons pris en compte les besoins signalés par les chercheurs "modernes" sans occulter les observations plus anciennes qui pouvaient nous être utiles :
- respecter et optimiser le temps nécessaire à l'apprentissage
- améliorer le temps effectivement investi par l'élève dans sa tâche en vue de réguler l'exigence précédente
- tirer parti de l'hétérogénéité pour mieux la contenir et préserver la cohérence de la classe
- développer les compétences spécifiques du "métier d'élève"
Nous avons veillé aux synergies possibles mais aussi aux effets pervers éventuels, dérives organisationnelles ou autres, toujours redoutables dans les contextes trop dirigistes propices aux errements de la technocratie et du carriérisme.
1. L'organisation du cycle de trois semaines
Ce niveau d'organisation nous permet de prendre en compte les différences de rythmes d'apprentissage sans tomber dans les dérives pernicieuses de la "différenciation".
Le programme est donc le même pour tous, pour la période considérée et dans les matières "fondamentales". Les différences de rythme sont cependant prises en compte et une certaine variété des cheminements est favorisée, mais leur programmation est telle qu'elle vise à réduire l'hétérogénéité de la classe..
Un mode d'étayage spécifique est donc adopté pour harmoniser les parcours individuels, rétablir et sauvegarder une homogénéité fonctionnelle de la classe.
2. L'organisation de la matinée de travail
L'organisation reprend certaines propositions du "modèle" Freinet, mais elle est modulée - positivement ou négativement selon les avis - en fonction des préoccupations évoquées ci-dessus. L'agencement des séquences est délibérément "fonctionnel" et "systémique".
Le principe du travail individuel par fiches est infléchi pour maintenir autant que faire se peut, dans les disciplines "fondamentales", au dépends du programme "à la carte" dont les risques ne peuvent être ignorés, un programme identique pour tous. Un temps spécifique, dit de "bilan", est institué en vue de permettre un indispensable étayage des tâches, qui permet en même temps le développement de l'attention, de l'écoute et de la prise de parole.Le principe de la "liberté de choix" (Invariant 7 de Freinet) est privilégié mais revisité, utilisé dans un cadre sensiblement différent et nettement finalisé. Il ne s'applique pas au contenu de la tâche - imposé par le maître dans le cadre des programmes officiels - , mais au moment de l'aborder. Il s'agit moins de satisfaire aux désirs de l'enfant que de développer une compétence essentielle du "métier d'élève" : l'aptitude à l'analyse de la tâche. Ce qui vaut et non ce qui plait.
Ces principes étant posés, le déroulement de la matinée de travail peut être ainsi défini :
- Une phase d'écriture, dans la tradition de FREINET, mais tout aussi bien dans celle de ALAIN, et plus directement placée sous le signe de l'entraînement mental, du "Ecrire pour être reconnu" et du "Ecrire pour penser".
- Une phase de travail par fiches et de bilan, qui constitue le moteur du dispositif d'étayage pour les acquisitions notionnelles, mais aussi le temps privilégié de développement des compétences "transversales" et comportementales du "métier d'élève". Le moment du choix de la tâche, avec ses hésitations même, doit être considéré comme un temps fort de cette séquence, un moment d'apprentissage à part entière.
- Une phase de leçons, qui perd de sa prééminence mais se déroule conformément aux options originelles du maître, et qui doit souvent répondre aux exigences nouvelles de synthèse, des éléments du programme pouvant être parfois acquis avant la leçon proprement dite.
3. Les autres activités :
Au sens le plus strict, la pédagogie de maîtrise concerne essentiellement, à l'origine, les "apprentissages fondamentaux" et donc surtout la matinée de travail. Mais cette conception originelle nous parait devoir être élargie : l'appellation de "discipline secondaire", utilisée par commodité, est contestable et surtout dangereuse, lesdites disciplines "secondaires" pouvant contribuer, en sus de leur apport spécifique, à étayer les apprentissages fondamentaux.
Nous aborderons ce problème sous deux aspects :
- Le problème du renforcement culturel : les exigences propres de la culture scolaire dans un contexte multi-culturel
- Le problème des "disciplines secondaires" : un projet technique de réhabilitation pour en faire des disciplines à part entière.