Document : A propos de la gestion des classes hétérogènes…

Approche comparée de 3 types d'organisation

I. Travail axé sur les forts

les écarts se creusent ...

Lorsque le maître organise son travail en fonction des élèves forts, ceux-ci progressent, mais le risque est que les faibles en profitent peu et tendent à stagner.

L'habileté de l'enseignant à tirer parti des "locomotives" tempère bien heureusement cet inconvénient.

Cette habileté relève intuitivement de l'apprentissage vicariant, mais elle reste soumise à la disponibilité du maître et aux circonstances.

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Ce constat suggère de rechercher des conditions de mise en œuvre moins conjoncturelles, pouvant favoriser à la fois une meilleure disponibilité du maître et une mise en œuvre plus systématique, voire quasi automatique, des processus vicariants.

La classe vicariante (III), qui consiste à assurer une meilleure lisibilité du travail et des compétences des élèves forts, apparaît comme une émanation du modèle "élitisme républicain" tout en restant dans la perspective "démocratisation".

II. Travail axé sur les faibles

les écarts se réduisent...

Les élèves faibles progressent dans ce cas  grâce à une forte implication du maître en leur faveur, mais les élèves forts, qui sont alors sous sollicités, tendent à végéter et à se désintéresser de la classe : on parle alors de "rabotage par le bas".

L'habileté du maître peut là encore corriger cette tendance, mais plus difficilement, car le travail avec les élèves faibles est en général assez épuisant.

Agissant généralement au nom de fortes convictions humanistes, le maître éprouve en outre un grave sentiment de culpabilité devant les élèves plus doués dont il est conscient de ne pas exploiter au mieux toutes les potentialités.

Ce sentiment négatif, qui ajoute à la difficulté propre du travail avec les élèves faibles et relève de la double contrainte, pèse sur l'atmosphère de la classe et ne va pas sans dangers pour le maître.

Bien que légitimement préconisée, cette option doit être examinée avec lucidité. Ses effets pervers sont sans doute sous-estimés et semblent concerner l'ensemble du système.  

III. Apprentissage vicariant

les écarts sont creusés, mais tous tendent vers le haut

L'observation des classes permet d'imaginer, à la lumière des intuitions de Reuchlin, une mise en œuvre de l'apprentissage vicariant prenant cette fois appui sur une organisation spécifique de la classe et du temps.

Cette rationalisation, qui appelle un minimum de ruse pédagogique et emprunte à l'héritage de Freinet, offre plusieurs avantages:

1. Pour le maître : sa tâche étant allégée, son angoisse atténuée, sa disponibilité s'en trouve accrue de façon significative.

2. Pour les élèves : les processus vicariants améliorent effectivement les apprentissages, comme l’avait prévu Reuchlin, mais ils ont en outre des effets induits positifs.

Ils développent, par le biais des conflits socio-cognitifs, la fonction cognitive du langage. Ils imposent un entraînement systématique à l’analyse des situations et des tâches, favorisant ici l'émergence d'un profil de "bon élève".

L'intensification du processus profite conjointement aux élèves forts et aux élèves faibles.

  • Important : Ce tableau comparatif est réducteur et n'a qu'une valeur d'illustration, les graphiques exprimant des tendances appréciées et non pas mesurées. Les deux premiers schémas correspondent à une réalité communément admise. Le troisième correspond aussi à une réalité tangible, confirmée par les maîtres expérimentateurs et les résultats obtenus ensuite en sixième.

Cette analyse mérite néanmoins attention. Des maîtres qualifiés, correspondant initialement aussi bien au type I qu'au type II, ont reconnu les mérites du type III et l'ont adopté, affirmant même avoir ainsi "redécouvert" leur métier. Autre indice : l'accueil des élèves relevant de l'A.I.S. est beaucoup mieux accepté dans les classes de type III, et les signalements émanant de ces classes sont évidemment plus rares.

Le processus vicariant, précieux pour les élèves en difficulté, vaut également pour les très bonnes classes, les "matheux" et les "littéraires" pouvant offrir, chacun dans leur dominante, des possibilités d'étayage intéressantes. Il a d'ailleurs retenu l'attention de la revue "Gisements", consacrée aux élèves "surdoués".