Troisième Millénaire
Vers une inspection pédagogique ?
Cela bouge du côté de l'Inspection. Dans son numéro de Janvier 2001, Le mensuel "Le Monde de l'Education" rend compte d'une initiative dérangeante mais à notre sens salutaire prise par l'Inspecteur d'Académie des Hautes Alpes.
Face aux difficultés actuelles de l'école et aux solutions qui peuvent leur êtres apportées, pourquoi ne pas s'interroger en effet sur le fonctionnement propre de l'inspection et sur son efficacité. Que des personnels recrutés sur une dominante fortement "pédagogique" soient utilisés dans cette dominante parait relever du bon sens Mais la réalité est-elle bien ce que l'on croit ?
Le 9 Octobre 99, à DOUAI, lors d'un Colloque du Syndicat des Inspecteurs de l'Education Nationale, un Inspecteur de Châlons en Champagne, Georges GAUZENTE, émettait un avis dont nous reproduisons l'essentiel ci-dessous et auquel nous souscrivons très largement. Pour nous, il y a urgence : la conception actuelle de l'évaluation des enseignants (et des élèves) est une cause importante sinon majeure des difficultés de l'école.
"Quelle organisation pour éviter la multiplication des échelons hiérarchiques, optimiser les ressources humaines, responsabiliser les acteurs du système ?"
Question sensible, question actuelle, question qui perturbe les conforts existentiels des hiérarchies installées et des usages qui les accompagnent, question qui dépasse le cadre du système éducatif et qu'illustre bien le tire de l'ouvrage de Hervé SERIEYX.
"Face à la complexité, mettez du réseau
dans vos pyramides"
(Edition Village mondial – 1996),
dont nous citerons d'abord quelques formules :
"Bureaucratiques dans l'administration, tayloriennes dans l'entreprise, les organisations hiérarchiques d'hier auront bientôt vécu et les pyramides bien ordonnées, auxquelles nous étions si bien habitués, redeviendront ce qu'elles étaient à l'origine : des tombeaux."
"La pyramide hiérarchique – faite de décideurs, de transmetteurs, de contrôleurs, d'exécutants- aura été l'outil spécifique de l'ère industrielle (…). La pyramide est figée ; le réseau jouit d'une géométrie variable. La pyramide s'autocentre sur son fonctionnement ; le réseau ne cesse de coévoluer avec son environnement (…)."
"L'efficacité d'une organisation suppose une conjugaison dialectique de l'ordre et de la vie :la pyramide garantit l'ordre tandis que le réseau assure la vie…".
Ce qui a été reproché au système éducatif, c'est bien une certaine incapacité à produire des résultats satisfaisant aux idéaux d'une société démocratique, en dépit de la multiplicité des contrôles et des prescriptions. Deux facteurs, au moins, justifient que le pilotage du système éducatif, à l'aube du 21e siècle, s'engage dans des voies autres que celles qui ont prévalu depuis l'ère industrielle :
d'une part la décentralisation et la légitimité des initiatives et des solutions développées au niveau local (on citera le projet d'établissement, le fonctionnement en cycles…) ;
d'autre part la professionnalisation des enseignants, responsables éducatifs et pédagogiques, considérés comme tels par la loi, recrutés à haut niveau.
Deux constats témoignent d'une certaine urgence quant aux changements attendus :
les grandes mesures nationales, dont les principes mêmes sont pourtant majoritairement approuvés, n'aboutissent qu'à des effets minimes (on citera les C.E.L., le volontariat pour la charte de l'école du 21e siècle, peut-être demain le collège…) ;
les rapports tendus au sein même de la ligne hiérarchique où conflits de territoire, pression à l'urgence, désarroi et abus d'autorité à tous les niveaux expriment un malaise évident (la presse syndicale, dont celle du SI-EN/FEN en témoigne éloquemment…).
Faut-il rechercher absolument des grandes réformes structurelles quand on sait que les actions les plus réussies se nouent ailleurs, au sein des réseaux d'acteurs dynamiques et responsables confrontés à la complexité de la vie scolaire et de l'enseignement ? Nous ne le pensons pas.
Et l'inspection ?
Définie comme une instance d'évaluation et de médiation, il nous paraît qu'elle ne s'inscrit plus dans une conception hiérarchique de l'organisation. L'allégement du dispositif hiérarchique est lié à la responsabilisation des acteurs du système qui, de plus en plus, ont à rendre des comptes aux "contrôleurs" exigeants que sont, aujourd'hui, les citoyens.
Dans ce contexte, la légitimité institutionnelle de l'inspecteur est indissociable de celle de sa mission d'évaluation, de médiation et d'animation. Dans les contextes sensibles des écoles et des établissements, les enseignants confrontés aux nécessités du changement, à la construction de compétences nouvelles pour eux-mêmes comme pour leurs élèves, le discours récurrent sur la charge de travail des inspecteurs, l'accumulation de leurs "tâches" (quelles tâches ?) est-il encore compris, et peut-il être admis quand il est dit aux enseignants que la priorité "naturelle" et obligée va aux commandes administratives multiples et d'utilité souvent contestable ?
Faire de l'évaluation, c'est être prioritairement aux côtés des acteurs, individuellement et collectivement, pour des échanges riches de sens et de perspectives. Telle nous paraît être la question essentielle que chaque inspecteur, quel que soit son statut aura à se poser si se confirme l'évolution vers une organisation apprenante et responsabilisante.