pratique.gif (6526 octets) Écrire pour être lu ?

Écrire pour être reconnu....


On n'apprend pas le piano en écoutant un virtuose. On n'apprend pas à écrire ou à penser en écoutant un homme qui parle bien et qui pense bien. 
Il faut essayer, faire, refaire, jusqu'à ce que le métier entre, comme on dit.

ALAIN 

La matinée de travail est en général organisée selon le schéma suivant :   

1. Séquence Ecriture

2. Fiches + Bilan 3. Séquence Leçon

        

Nous présentons ici la séquence quotidienne d'ÉCRITURE

Le "Plan Rouchette" et les I.O. qui en sont issues avaient popularisé la formule que FREINET avait quelque peu devancée en initiant quelques décades plus tôt la correspondance scolaire et l'imprimerie à l'école, techniques que ses héritiers ont aujourd'hui reprises avec les ressources nouvelles apportées par Internet.

Écrire pour être lu ? Oui, cela va de soi, mais généralisons plutôt : écrire pour être reconnu, ce qui peut se faire dans un premier temps en restant dans le cadre de la classe. Cette généralisation nous a beaucoup aidés, dans le contexte néo-calédonien, à faire entrer dans l'écriture des élèves qui sans cela y seraient difficilement parvenus. Tel enfant nous avait lu un jour une histoire merveilleuse que ses camarades avaient applaudie, mais son brouillon était quasi illisible ...

Écrire pour être reconnu est
le vrai problème de l’expression écrite

Bien des gens qui font de l'écriture leur métier, les écrivains par exemple, n'ont en fait jamais appris à écrire. Écrire s'apprend surtout par l'entraînement, et bien sur par la lecture, qui permet une imitation plus ou moins libre des "modèles". L'un des plus surs moyens d'apprendre aux enfants à écrire est donc de les faire écrire tous les jours, comme le savaient les vieux maîtres et comme le répétait ALAIN.

C'est aussi ce que faisait FREINET, qui publiait ensuite les textes des élèves après amendement collectif. L'amendement collectif est un exercice intéressant mais qui tend à déposséder un peu l'auteur de son texte et n'implique pas toujours vraiment les coauteurs.

A cet amendement immédiat et collectif, dans lequel le maître et le groupe jouent le rôle de superviseurs, on peut opposer une approche plus souple, plus proche des exigences du travail individuel, étalée dans le temps et nourrie, par le jeu de l'apprentissage vicariant, d'apports successifs plus nombreux.

L'amendement immédiat relevait peut-être d'une certaine précipitation, du souci de publier un texte en forme. Sans abandonner cette possibilité, qui a très largement fait ses preuves, on peut également jouer sur un registre légèrement différent, qui mettra davantage l'enfant "au centre du système" comme acteur. Il s'agit encore d'écrire tous les jours, mais sans être tributaire d'une publication immédiate, et en laissant du temps au temps. On constate alors que les productions individuelles s'améliorent rapidement en quantité et en qualité: moins de textes diffusés, mais plus de textes effectivement conçus et médiatisés, c'est à dire soumis à l'appréciation du groupe et offrant surtout à chacun, chaque jour, l'occasion de rebondir sur un sujet ou sur une formulation heureuse. Nous nous écartons ici des formules ou l'évaluation critique tendait à s'imposer, pour nous orienter plutôt vers une formule de stimulation : de même, Laurence LENTIN conseillait de ne jamais critiquer un enfant qui commence à parler mais de lui renvoyer, simplement, des formules plus élaborées.

Écrire pour être gratifié

On écrit donc pour être reconnu, pour être gratifié, pour satisfaire son besoin d'accomplissement.  Il est important qu'un texte soit lu à la classe pour être apprécié. La gratification est alors immédiate, ce qui n'est pas à négliger en phase de premier apprentissage. Faire réussir vite pour aider l'élève à se forger des représentations de soi positives.

Écrire pour apprendre à penser

Écrire oblige à organiser sa pensée, à concevoir, à planifier, à préciser, à affiner, à programmer, à ajuster ses idées, à choisir ses mots, etc....etc..

L'exercice d'écriture est plus exigeant que la parole. Il est si bénéfique qu'il gagne à être développé fréquemment, dans une perspective de construction de l'intelligence et de la personne, et donc dans un contexte souple, en se libérant de l'obsession de la correction à tout prix et de la notation, mais en prévoyant un cadre qui garantira une certaine cohérence et lui fournira sa finalité.

Ce peut être, par exemple, lorsque l'on doit faire un exposé ou bien plus simplement pour se préparer à présenter un travail à l'occasion du bilan quotidien. C'est l'un des grands atouts de la pédagogie de maîtrise que de conduire les enfants à se colleter en permanence avec l'écrit, tant en qualité de  scripteur que de lecteur.