Apprentissage vicariant au Collège ?


A trop vouloir s'adapter aux élèves, l'école s'exposerait au risque des "pédagogies acceptantes" et en arriverait à manquer à sa mission.
Il importe alors de réagir : l’objectif poursuivi ici est "que les élèves s’adaptent aux demandes, aux priorités et aux critères de leurs professeurs, pour améliorer leurs notes".
Le site de la PMEV se devait de faire connaître cette avancée pour une école démocratique.

[ Ce texte a été publié en annexe du compte rendu des "Etats Généraux pour le Droit à l'Education" (3ème Session, Novembre 98) est extrait du site de l'Association pour une Ecole Démocratique :
http://users.skynet.be/aped
Son auteur est Yannick LEFRANC, 304 rue des Pyrénées 75020 Paris, Tél : 01 43 49 35 07]


COMMENT VAINCRE L'ECHEC SCOLAIRE ?

EN FAISANT VIVRE ET CONNAITRE

DES TAS D'EXPERIENCES DE REUSSITE !

Pour une aide aux devoirs démocratique

le métier d'élève et les droits-devoirs du jeune citoyen scolarisé


La faillite des mesures contre l'échec scolaire provient de ce qu'elles reproduisent les conditions pour que l'échec continue (enseignement autoritaire et dévitalisant, enseignement qui divise et oppose les jeunes entre eux) mais aussi parce qu'elles ratent les prises et appuis pour que ça change.

Les cours particuliers, l'aide aux devoirs, les voyages, le théâtre scolaire, les activités intra et extra-muros - avec leurs retombées escomptées mais qui ne viennent pas - ne sortent pas les élèves en échec de leur pauvreté scolaire, c'est-à-dire de leur faiblesse-infériorité relative à l'école.

Aujourd'hui ce qui est décalé par rapport aux tâches et aux épreuves scolaires fonctionne massivement comme une distraction : de l'éducation d'évasion. Protégée par des phrases du genre " ça, c'est le boulot des profs ", " ça, ça ennuie les élèves " . Préjugés qui couvrent l'échec scolaire, associés aux slogans " c’est à l’élève de se prendre en charge ", " il doit faire des efforts ".

Attaquer indirectement ne suffit pas et même fourvoie si l'on ne revient pas affronter les carences et les incapacités des élèves trop faibles pour s'en sortir : leur infériorité pratique à l'école.

Il faut s'attaquer directement à ce qui pose problème et défie les convictions des humanistes progressistes égalitaires. Notamment :

- l'abstraction via la pratique écrite et orale

- l'analyse et la synthèse de savoirs plus ou moins éloignés des centres d'intérêt, des idées et des images extra-scolaires

- l'attention active du lecteur

- la mémorisation efficace des savoirs et des stratégies d'apprentissage

- l'argumentation écrite et orale.

Les jeunes seront motivés quand ils auront prise sur les savoirs et savoir-faire officiels prestigieux (anciens et modernes) et efficaces (y compris rentables).

C'est techniquement possible.


EN PASSER PAR LA
POUR LE DEPASSER


Les objectifs développés par les instructions officielles de l'Education Nationale doivent être réappropriées : les jeunes doivent pouvoir s'en rendre maîtres et possesseurs.

Il faut occuper ce terrain au lieu d'aller (se/les distraire) sur d'autres terrains : soit parce que ce ne serait pas notre boulot, soit parce que les instructions officielles et les programmes seraient contraires à l'épanouissement des jeunes. En fait, cet épanouissement des jeunes scolarisés passe par leurs victoires sur les savoirs et les savoir-faire socialement normés, qu'ils pourront intégrer et dépasser dans un autre type d'apprentissage. (Apprentissage qui comprendra d'autres savoirs et savoir-faire acquis en dehors de l'école, dans la famille, à la télé, chez des amis, dans la rue, etc.)

La solution est assez simple et passe par la libération de quelques interdits pratiques. Par des décloisonnements. Deux conditions de base :

ECHANGES DE SAVOIRS

Réunir des jeunes de différents âges et niveaux pour les faire travailler ensemble en changeant de rôle : je montre et je fais faire, on me montre et on me fait faire. Les élèves compétents partagent leurs savoirs et savoir-faire avec les élèves en difficulté : en transmettant ce qu’ils savent (sous la forme de récits et de démonstrations) et en corrigeant les erreurs des plus faibles, ils consolident leurs propres acquis (et augmentent leurs notes). En renforçant les faibles, ils se renforcent.

(Les moniteurs-enseignants n'interviennent qu'au début, à mi-route et à la fin des activités ; pendant que les élèves s'aident mutuellement, les formateurs restent à distance, à la disposition des jeunes s'ils le demandent.)

RESERVE D'OUTILS

Rassembler un trésor de bons devoirs bien notés (d'exercices, de contrôles et d'examens) de différentes années scolaires qui serviront de modèles, de repères et de matériaux d'interrogation : "Comment faire pour que je réussisse à obtenir des bonnes notes pareilles - sans tricher ? ".

Réunir un large éventail de bons cahiers / classeurs d’élèves (bonnes mises en page, prises de notes claires) qui aideront à la révision des cours, à la relecture de ses propres notes et à l’amélioration de sa prise de notes.

En plus de ces bons devoirs et de ces cahiers/classeurs, on disposera de récits d'apprentissage réussis écrits et enregistrés : y compris des témoignages et des expériences filmés. Des histoires, des raisonnements et des démonstrations vivantes.

OBJECTIONS ...!

Chez les formateurs, cette démarche est a priori bloquée par plusieurs croyances associées à des prudences pratiques (la crainte des risques, etc.) :

1. C'est fatalement ennuyeux de revenir sur ses copies corrigées.

- Mais pas celles des autres avec qui on en parle et à qui on pose des questions.

2. C'est dangereux de faire circuler des copies d'autres classes et d'autres établissements : il y aura des fraudes, les élèves apprendront des copies par coeur ou les recopieront.

- Mais s'ils travaillent beaucoup sur un grand nombre de copies variées, ils n'auront plus besoin de tricher.

- Mais déjà le développement d'Internet va faciliter la triche. Au contraire, le type d'apprentissage proposé concurrencera les truquages, les évitements.

- Mais l'imitation et la mémorisation aident à la maîtrise des savoir-faire. Voir les sports, les artisanats et les arts, voir l'apprentissage sauvage de l'informatique depuis plus de 15 ans.


SEANCES D’AIDE AU TRAVAIL

PRINCIPES

Passer par le bachotage pour le dépasser

Etudier, imiter, s’inspirer des travaux d’élèves réussis.

Archéologie : reconstituer les étapes du travail (montrer, raconter).

Communication de travail : transmettre ses difficultés et ses solutions.

Alternance des rôles : j’interroge, je montre / j’explique.

OBJECTIFS

Faire réussir aux contrôles et aux examens

Augmenter rapidement la note moyenne de deux points puis faire parvenir à la

moyenne

Etudier pour communiquer ce qu’on sait, ce qu’on vient de comprendre

- dans la séance

- chez soi : avec des amis

Ecrire pour être lu / entendu : exposer

Faire apparaître le processus de travail scolaire, les phases pour répondre à un contrôle : reconstituer en démonstration

Habituer à réviser : à réutiliser des documents déjà étudiés (manuels et cahiers des années précédentes) pour réactiver ses savoirs.

ACTEURS

Elèves de plusieurs niveaux, en difficulté momentanée et / ou sur des points donnés

Ex-élèves en difficulté : consultants de passage, intervenants non spécialistes

Professeurs intermittents

Adultes de passage

MATERIEL

Littérature scolaire d’élèves

Copies d’élèves connus ou pas : bonnes et assez bonnes (plus quelques moins bonnes pour comparer et corriger)

Cahiers et classeurs bien tenus

Récits d’apprentissage écrits, enregistrés

Démonstrations d’apprentissage filmées

Eventail documentaire : exemples de synthèses de complexité croissante

Articles d’encyclopédie

Pages de manuels de différents niveaux et cycles

Pages de magazines

Leçons : pages de cahiers et classeurs de différents niveaux et cycles

LES ACTIVITES

Mode dialogique

Les élèves étudient des copies et des cahiers, puis transmettent ce qu’ils viennent de comprendre à d’autres - ou en parlent en public

Ils travaillent sur des documents redondants et synthétiques pour répondre à des questions et en produire

Ils réfléchissent stratégiquement : que veut l’institution ? le prof ? comment dépasser / intégrer les contraintes ?

Activités

Démonstrations d’apprentissage : de traitement de sujet : résolution de problème

Autrement dit : faire reparcourir les étapes, du sujet au bon devoir

Lecture active des devoirs de contrôles et des documents

Discussion : commentaire de copies, de cahiers

Copiage d’articles ou d’extraits ou de pages de cahiers (au lieu de les photocopier), si possible après en avoir rédigé le plan seul et en groupe

Production et échange de questions et de réponses orales et écrites

Production de synthèses : ce qu’il faut retenir sur un sujet de cours ou de contrôle

- exposés, petits textes, 20 questions / 20 réponses (documents à faire circuler)

- plans

Correction : se corriger en corrigeant et aidant les autres

Auto-évaluation discutée :

A)  un grand nombre de choses importantes réussies

B)  un assez grand nombre de choses importantes réussies

C)  un certain nombre de choses importantes réussies

D)  un peu de choses importantes réussies

E)  très peu de choses importantes réussies

Thèmes

Ceux des examens et contrôles, à rapprocher des centres d’intérêt et des savoirs des élèves


 ORGANISATION GENERALE

DES COPIES A LA REDACTION EN PASSANT PAR UN DETOUR DOCUMENTAIRE

A l’école (intégré au cours) ou ailleurs - maison, local d’association — (soutien, cours particuliers).

En français, en histoire, en biologie. Adaptable en math.

1. Etude des copies

2. Etude des documents synthétiques, redondants et gradués

3. Rédaction de synthèse

4. Rédaction de copie

5. Discussion : difficultés et solutions trouvées

1. Etude des copies

Matériel : Un sujet de contrôle ou d’examen et diverses copies corrigées :

Etapes :

1. Découverte

2 . Discussion entre élèves puis avec l’enseignant.

3. Comment on fait un devoir : discussion, récit, démonstration

2. Etude des documents synthétiques, redondants et gradués

Matériel : manuels, encyclopédies, copies, cahiers, CD ROMS .

L’enseignant a réuni des documents traitant un thème à différent niveaux de complexité (les manuels de 6ème voisineront avec ceux de 3ème ). Du simple, élémentaire / très résumé… au complexe / plus développé.

Etapes :

1. Découverte. Chaque élève étudie le sujet en passant d’une formulation à l’autre : du dictionnaire, à l’encyclopédie, au Manuel 1, au cahier d’élève, au Manuel 2, au Manuel 3 (voire au CD ROM), etc.

2. Discussion entre élèves puis avec l’enseignant.

3. Rédaction de synthèse

Matériel : idem

Etapes :

1. Rédaction de réponses et de questions sur les éléments principaux à partir de la documentation : ce qu’il faut retenir sur la question. Ils s’entraînent à élaborer ce type de questions auxquelles d’autres répondront.

2. Echanges de questions et de réponses entre élèves

3. Rédaction d’un plan d’exposé ou d’un plan de devoir de contrôle.

4. Rédaction de copie

Matériel : idem plus plans et questions / réponses

Etape :

. Rédaction du devoir (ou exposé suivi de discussion) : les élèves traitent le sujet de contrôle ou d’examen.

5. Discussion : difficultés et solutions trouvées

 


 DES CONTRAINTES ET DES RISQUES INTEGRES

  1. En situation scolaire, les élèves sont avant tout intéressés par leurs notes. Ils ne sont pas prêts à venir toutes les semaines ni très longtemps...
  2. Les enseignants ne sont pas prêts à travailler 40 heures par semaine..

1. En situation scolaire, les élèves sont avant tout intéressés par leurs notes. Ils ne sont pas prêts à venir toutes les semaines ni très longtemps...

SEANCES

1ère Séance
(1/2 heure)

Entretien individuel avec l’enseignant (quelles difficultés ? quelles réussites ?) et recueil de productions de l’élève (copies, cahiers)

2ème Séance
(1 heure et demie)

La semaine d’après :

Discussion sur les copies de l’élève et comparaison avec d’autres copies

Propositions de l’enseignant

L’élève fait des exercices correspondant à ceux de sa classe (à partir d’une documentation choisie)

Il en parle avec d’autres élèves

Le prof les étudie et en discute

Rendez-vous dans quinze jours : combien de devoirs avec une augmentation d’au moins 2 points ?

3ème Séance
(1 heure et demie)

Deux semaines plus tard :

Bilan des progrès à l’école : devoirs, contrôles, combien de points de plus ?

Etude des copies corrigées et discussion

Autres exercices

Correction mutuelle

Rendez-vous dans quinze jours : quelles augmentations/améliorations ?

4ème Séance
(1 heure et demie)

Deux semaines après :

Mêmes étapes qu’à la 3ème Séance.

A la fin, l’élève doit avoir repris confiance en lui :
parce qu’il aura augmenté ses notes
parce qu’il saura mieux travailler

Suite : l’aide mutuelle pourra se poursuivre avec des amis, des frères et sœurs, etc.

2. Les enseignants ne sont pas prêts à travailler 40 heures par semaine...

Leurs interventions seront ponctuelles, espacées, négociées et suivies.
Les enseignants seront rémunérés correctement

Les élèves s’entraideront gratuitement

Donnant, donnant, et intérêts partagés. Les élèves assistants plus compétents, en aidant les autres, verront leur niveau augmenter grâce à leur habitude d’expliquer donc de décomposer, de détailler et d’expliciter. Par ailleurs, l’enseignant les conseillera gratuitement

Les enseignants des établissements seront respectés

L’objectif c’est que les élèves s’adaptent aux demandes, aux priorités et aux critères de leurs professeurs, pour améliorer leurs notes.

Ils pourront leur poser des questions techniques pertinentes pour connaître leurs critères, comprendre les consignes et agir en conséquence.