L'APPORT D' EMILIA FERREIRO


Emilia Ferreiro est un chercheur de culture espagnole qui s'est penchée sur le développement des conceptualisations de l'écrit chez l'enfant. Elle est arrivée à la conclusion que :

" Les enfants peuvent facilement apprendre le lire écrire.
Ce sont les adultes qui ont compliqué ce processus . "

Les objectifs des programmes officiels précisent en particulier que l'enfant doit découvrir " le plaisir de lire " et de s'exprimer par écrit . Mais... ils sont appliqués de manière parfois tellement contradictoire que :

  1. Le taux d'élèves sachant à peine lire à leur arrivée en 6ème est élevé (20%), sans parler de tous ceux qui n'ont pas atteint le niveau requis.
  2. Beaucoup de jeunes ont des difficultés à transcrire ce qu'ils pensent ou disent oralement. (1)
  3. Il y a peu de " lecteurs critiques " capables d'argumenter à propos de textes. (2)

Le constat est sévère mais plus encore incompréhensible, car des solutions existent dont l'approche est relativement simple. Comme nous l'indiquons ci-desous en notes, la prise en charge de ces problèmes n'incombe pas au seul cours préparatoire, mais elle commence à ce niveau.

La copie doit stimuler les efforts créatifs pour construire des représentations .

A l'école James Paddon, l'enfant est l'auteur de la phrase de copie , il est amené à en maîtriser les difficultés orthographiques et syntaxiques .

I. Les séries

Les jeux de " recherche " (listes d'unités linguistiques semblables, collectionnées par les enfants .) , le " vilain " ( séries de mots de perception logique ) contribuent à faire de l'acte d'écrire autre chose qu'une copie reproduction car y est associé en permanence la " lecture - compréhension ".

Quant au jeu des " mots perdus ", c'est la capacité de l'enfant à créer des phrases de son propre crû qui est impliquée , le " roman scolaire " de fin d'année parachevant cet acte d'écrire , en tout cas , au niveau du C.P. par la production de petits textes cohérents collectifs, puis individuels, mettant en jeu tous les paramètres de l'écrit ( différents codes, ponctuation, orthographe , syntaxe , etc.. etc... ) .

II. Les fonctions de la langue écrite dans la société

Le rôle de l'écrit ?

On écrit pour communiquer à distance avec une personne absente....

Mais cela est il clair pour  tous les enfants ?

L'école, trop souvent encore, considère sur le même pied les enfants qui sont issus de foyers ou on écrit quotidiennement et ceux dont les familles n'écrivent jamais ( les mélanésiens ont une culture orale ). Elle cache ainsi, à ceux qui en ont besoin , le rôle des écrits .

Une telle conception de "l'égalité" serait odieuse et doit être proscrite !

L'écriture est importante à l'école
parce qu'elle est importante aussi hors de l'école .

On doit savoir en outre qu'on ne peut obtenir une absence d'appréhension face à la langue écrite qu'en étant tolérant , sur la forme des lettres et sur les normes orthographiques .

Douter de l'écriture d'un mot peut-être une bonne attitude , mais il faut savoir quand il y a lieu de douter.

Ex: il n'y a pas à douter pour écrire (ma), mais on peut hésiter parmi les différentes graphies de ( fo) : fo , fau , feau , faux , faut, pho, phau ou pheau .... ?

L'écriture est auréolée de prestige . Elle représente la " langue cultivée ". C'est celle des groupes politiques et culturels au pouvoir dans le pays . La façon de parler des groupes socioculturels défavorisés est rejetée .

Cet acte discriminatoire à l'intérieur de l'école a de graves conséquences pour les enfants :

1/ Rejeter une variante dialectale, c'est rejeter l'enfant et aussi le groupe social auquel il appartient . ( E. Ferreiro a travaillé sur les dialectes d'Amérique latine mais , mais on peut transposer ses conclusions, au moins partiellement, à la Nouvelle Calédonie)

2 / Chacun de nous porte sa " marque " dialectale maternelle ( moi, j'ai l'accent du midi que je ne peux modifier par un acte volontaire).

 

(1)  Cette compétence doit être développée et entretenue systématiquement même au delà du CP.  C'est une des justifications du moment quotidien d'écriture libre pratiqué à tous les niveaux en PMEV, et qui constitue à certains égards la prolongation de ce qui a été fait au Cours Préparatoire.

(2) Cette compétence est absolument capitale. Elle implique un renforcement de l'importance accordée à la lecture, au plan quantitatif ET qualitatif,  mais elle justifie aussi la pratique quotidienne d'une activité particulière très spécifique de la PMEV, le moment dit "de bilan" car :

"Ecouter et échanger, c’est une manière de (..) propédeutique à la compréhension en lecture qui exige des attitudes similaires : une interrogation rigoureuse du texte (donc une mise à distance de soi), l’identification de ce dont parle et de ce que l’on dit et, au-delà, la perception des implicites et implications. (Rapport Ferrier)

Sur ce point très important, voir :
"La PMEV devant le rapport Ferrier"