(Extraits)

nnn

 

n On ne connaît pas assez bien 
les pratiques enseignantes effectives

Les pratiques enseignantes, entendues comme l’ensemble des activités par lesquelles les enseignants guident et font travailler les élèves qui leur sont confiés pour leur faire acquérir les savoirs, savoir-faire et savoir-être qui constituent les objectifs de l’École, sont actuellement très mal connues.

Les corps d’inspection réalisent des observations directes de ces pratiques, mais ces observations sont peu exploitées, sauf pour évaluer individuellement les personnels, et elles sont rarement synthétisées.

Ces observations – auxquelles on a pu reprocher autrefois d’être surtout des contrôles de conformité – prennent aujourd’hui mieux en compte le fait que la construction des pratiques s’opère par le biais des relations avec les élèves et considèrent l’ensemble des activités de la classe et, plus largement, le contexte dans lequel exercent les enseignants.

Elles ne sont certainement pas sans incidence sur les pratiques. Mais l’absence d’un cadre méthodologique qui homogénéise ces observations rend l’exercice difficile et variable d’un inspecteur à l’autre, ceci d’autant plus qu’il n’est pas toujours aisé de faire la part, dans ce qui est observé, de pratiques intuitives de l’enseignant dans lesquelles s’exprime sa personnalité et des pratiques qu’il élabore et met en œuvre à partir de ses savoirs professionnels.

Or, les observations plus systématiques et plus normalisées qui ont pu être faites, non pas dans le cadre d’inspections mais dans celui de travaux d’études, notamment quant à la gestion du temps effectif d’enseignement proposé aux élèves, font ressortir une grande variabilité des pratiques réelles, tout au moins de certaines d’entre elles, difficile à percevoir et à apprécier lors de trop rares visites d’inspection. Cette grande variabilité résulte du fait que les enseignants ont une réelle marge de manœuvre et doivent faire face à une grande variété de situations.

n On ne connaît pas assez bien 
l’effet des
pratiques sur les progrès 
et les comportements des élèves

Si l’on connaît mal les pratiques enseignantes, on sait qu’elles ont des effets substantiels sur les progrès des élèves. On le sait d’ailleurs surtout grâce à des travaux anglo-saxons car il y a trop peu de travaux sur l’efficacité des pratiques éducatives en France.

Ces travaux ne débouchent pas sur un modèle universel de " bonnes pratiques ", mais mettent en lumière un certain nombre de paramètres qui semblent se révéler comme des éléments essentiels de l’efficacité des pratiques pédagogiques, éléments parmi lesquels on peut citer notamment : la gestion du temps, les retours d’information adressés aux élèves sous certaines formes, les échanges entre élèves et enseignants, ainsi que les échanges entre pairs chez les élèves, et les modalités d’évaluation (devoirs, contrôles, examens, ...) mises en œuvre par les enseignants.

Mais ces travaux sont mal connus et sont très peu présents dans les formations.

  Ils souffrent, comme les observations des inspecteurs, de l’absence d’un cadre méthodologique qui permette, d’une part, de comparer systématiquement et de conforter leurs résultats et, d’autre part, d’en tirer des recommandations propres à nourrir les réflexions et les pratiques des enseignants et à fonder des critères pour l’évaluation et la régulation de ces pratiques.  

    nnn

Au stade de développement atteint par notre système éducatif, une amélioration de ses résultats suppose qu’on accorde une grande attention aux pratiques enseignantes et qu’on se donne les moyens d’en améliorer l’efficacité.

Si le développement de la connaissance dans ce domaine est indispensable, il semble au Haut Conseil qu’il est dès maintenant possible d’aider nombre d’enseignants à développer des pratiques plus efficaces.

L’enjeu en est non seulement celui d’une meilleure efficacité, mais aussi celui de la justice de notre Éducation nationale qui doit s’organiser pour faire progresser tous les élèves dans toutes les écoles et tous les établissements.

Extrait de Avis du HCéé n°7  Janvier-Février 2003